Tokoname et ses kyusu


Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce titre??!

Tout simplement une escapade au Japon pour découvrir un lieu, Tokoname (常滑), et sa production de théières, les fameux kyusu (急須).

Je vous propose aujourd'hui de découvrir ce haut lieu céramiste japonais, ainsi que les différents types de kyusu, aux formes et couleurs variés.


Tokoname, préfecture d'Aichi, péninsule de Chita.

La ville de Tokoname se situe dans la préfecture d'Aichi, à environ 30 km de Nagoya, sur la péninsule de Chita.

C'est le plus ancien, et le plus grand des six centre historiques de la poterie du pays, devant Seto, Echizen, Shiragaki, Tamba et Bizen.

Surnommée la "cité rouge", Tokoname est une ville d'art et d'artisanat réputée dans tout le Japon pour sa terre cuite si particulière, de teinte rouge et présentant des qualités très intéressantes pour l'infusion du thé.

Les premières traces de production remontent à la fin du XIe siècle. La terre de Tokoname alimentait déjà quelques 3000 fours sur la péninsule.

A l'origine ce sont principalement des jarres et des pots qui étaient produits (photo de gauche: jarre du XIIe siècle). S'ajoutèrent ensuite divers objets du quotidien: vaisselle, pots pour bonzaï (photo de droite) mais aussi ustensiles de préparation du thé. Ces objets dits "Tokoname yaki" (production, poterie de Tokoname) furent expédiés dans tout le pays. A la fin du XIXe siècle se fut un boom de la production industrialisée, centrée majoritairement sur la fabrication de carreaux, de tuileaux et de jarres à shochu (boisson alcoolisée).

Pour l'anecdote, l'immense architecte américain Franck Llyod Wright eut recours au Tokoname yaki en 1923 pour sa réalisation tokyoïte: l'Hôtel Impérial (ci-dessous). On dit même que le bâtiment ne fut pas endommagé lors du puissant séisme du Kanto la même année grâce à ce matériau...!

De nos jours, la ville est encore parsemée d'une multitude de fours et de cheminées, toujours en activité. Les visiteurs apprécient particulièrement la rue pentue Dokan Zaka, décorée de jarres à shochu, de tuileaux et autres bris de céramique (ci-dessous).

Mais qu'est-ce qui fait que Tokoname yaki est synonyme d'excellence pour un amateur de thé japonais?? Avant tout, soyons clairs, même ici il faut faire le tri, le meilleur côtoie le pire. Toutes les productions de théières notamment ne se valent pas. Les meilleures sont bien entendu artisanales, entièrement faites main par des potiers de renom (et souvent très, très chères!)

La terre de Tokoname se caractérise par son grain fin et sa couleur rouge-orangée, révélatrice d'une forte concentration de fer. Riche en minéraux (zinc, chrome, cuivre, manganèse) elle est favorable à l'infusion du thé, un échange intéressant se créant entre la terre et l'eau. Cette terre (appelée shudei 朱泥) va permettre de révéler les arômes des thés verts japonais, et mettre en relief leur saveur umami si caractéristique. Cette argile naturelle cuite ne sera pas émaillée à l'intérieur pour permettre cet échange: on parle bien de théière "à mémoire", s'imprégnant du goût du thé. La couleur d'origine est rouge mais il est tout à fait possible de trouver des céramiques de Tokoname d'autres couleurs (noires, vertes par exemple): des pigments naturels sont simplement ajoutés.

La technique d'utilisation de cette terre rouge est basée sur l'enseignement ancestral de potiers chinois de Yixing, autre zone de renom pour les théières. Ce savoir-faire a fait de Tokoname la zone la plus importante du pays pour la production de kyusu. Cette forme même de théière trouve aussi ses origines en Chine, mais le Japon s'en est fait une spécialité qu'il a poussée à un haut degré de raffinement.

Le kyusu est donc cette théière à anse latérale, adaptée à l'infusion des thés verts japonais (sencha, shincha, kabusecha...). Très ouvert sur sa partie supérieure, les feuilles ont tout l'espace nécessaire pour se déployer librement et extraire complètement leurs composants. Doté d'un filtre, le kyusu permet de servir avec un minimum de dépôt et de conserver les feuilles à l'intérieur afin de les réinfuser en suivant. Les couleurs sont variées, tout comme les contenances, les formes (haut ou plat) et les décorations (ci-dessus à droite: type "mogake", avec incrustation d'algues avant cuisson).

Comme je l'ai dit précédemment, l'intérieur n'est pas émaillé pour permettre l'échange terre/eau. Cependant l'extérieur peut être vernissé. Les plus beaux modèles présentent un éclat particulier, comme une patine brillante, résultant d'un polissage spécial, à l'aide d'une spatule de métal, ou d'un tissu passé sur la terre avant la cuisson. Elle ne sont pas vernies et la terre tinte comme une cloche, renvoyant un son cristallin.

Le kyusu est équipé d'un filtre qui prend différentes formes:

- Un maillage fin, voire très fin, placé à la base du bec et qui retiendra toutes les particules. C'est le plus répandu et il peut être en terre ou en inox (filtre dit sasame / photos du haut).

- Une demi-boule protubérante sculptée dans l'argile et collée à l'entrée du bec (type debeso / en bas à gauche)

- Des trous pratiqués directement dans l'argile à l'entrée du bec (type do-ake / en bas à droite)

Nous utilisons le terme kyusu pour désigner un type particulier de théière, celui à manche latéral. Mais en réalité, au Japon, ce terme est une sorte d'équivalent de notre mot "théière": on lui accolera un qualificatif pour préciser de quel type de théière il s'agit:

- yokode kyusu : une poignée latérale

- uwade kyusu ou dobin : une anse sur le dessus. Ce sont en général des théières de grande contenance

- ushirode kyusu : une anse au dos

- futanashi kyusu : un manche latéral mais pas de couvercle

- hohin kyusu : ni anse ni poignée. Instrument réservé aux thés fragiles (gyokuro par exemple), s'infusant à basse température (50-60°). Directement inspiré de la tasse à couvercle chinoise (gaïwan).

Aeon mall, Tokoname

J'espère que cette présentation vous aura donné envie d'explorer le monde fascinant de la céramique japonaise, et d'adopter un kyusu de Tokoname pour vos senchas!


Si la ville est célèbre pour ses théières, je vous laisse néanmoins sur l'image d'un chat porte-bonheur (manekineko), dont Tokoname est la première productrice!

A très vite.


(Sources et crédits :japaneseteasommelier, The Tea Crane, Lupicia, Sunday, vivrelejapon, specialistejapon)







35 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout