Mythologie du thé

Du thé on sait qu'il fut découvert il y a bien longtemps dans un berceau montagneux et sauvage, couvert de forêts luxuriantes au sud de la Chine et au nord du Triangle d'Or (Laos, Birmanie, Vietnam, Assam). Les spécialistes estiment que sa consommation pourrait remonter à plus de 5000 ans, soit bien avant la construction des premières pyramides égyptiennes. L'âge de certains théiers sauvages au Yunnan a été estimé par des botanistes à plus de 1500 ans parfois...

Des traits historiques aux contours flous, perdus dans les brumes chinoises où légendes et Histoire s'entrecroisent pour cohabiter en parfaite harmonie. Et c'est bien là le souci, démêler le vrai du faux quand la vérité historique devient légende, et vice versa!

Je vous présente aujourd'hui deux personnages, parmi les plus célèbres, à la frontière de l'Histoire avérée et du mythe, dont les aventures pourront régaler petits et grands lors de la veillée de Noël!!


Notre première rencontre nous conduit en 2737 avant JC à la découverte de Shennong (parfois écrit Chen Nung). Second empereur de Chine, il est aujourd'hui considéré comme un dieu dans son pays, celui de la médecine notamment. Surnommé le "divin laboureur", le "divin agriculteur" ou encore le "divin guérisseur", Shennong est le père de la médecine chinoise mais aussi l'inventeur mythique du thé.

Plus préoccupé par la découverte des plantes et de leurs effets que par la gestion de son royaume, l'empereur botaniste parcourait la campagne environnante et testait feuilles, tiges, racines et autres champignons. Jusqu'ici tout va bien mais savoir qu'il portait des esquisses de cornes de bœuf sur le crâne et que son abdomen était transparent (fort pratique pour observer l'action des simples ingurgités!) peut laisser dubitatif!!

Shennong aurait ordonné à ses sujets, par mesure d'hygiène, de faire bouillir l'eau avant de la consommer. Et c'est ainsi qu'un jour d'exploration il mit à bouillir son eau et s'endormit... à son réveil quelques feuilles flottaient à la surface et avaient coloré l'eau... évidemment il goutta et se trouva étonnamment stimulé! L'arbre au-dessous duquel il s'était endormi n'était autre qu'un théier, à la bonne heure!


Empoisonné par ses tests un certain nombre de fois, on dit que Shennong absorba un jour 72 poissons en même temps mais qu'il réussit à contrer l'intoxication par une consommation massive de thé! Je ne recommande pas d'essayer bien évidemment, d'autant plus qu'il finit par trépasser de la sorte...

Il eut cependant le temps de léguer à la postérité un ouvrage incontournable en médecine chinoise, le Shennong Bencao Jing, "Le Classique des plantes de Shennong" aussi connu en tant que "Herbier de Shennong".

Ses adorateurs contemporains lui ont même érigé une statue à Zhuzhou, au Hunan.



Notre seconde rencontre se nomme Bodhidharma, moine bouddhiste indien, troisième fils du roi de Madras. Sa naissance se situe à la fin du 5ème siècle / début du 6ème siècle de notre ère. Il est très connu en Chine et au Japon notamment (ici sous le nom de Daruma) pour être le fondateur légendaire de l'école bouddhiste chan, devenue zen au Japon. On dispose de peu d'indications historiques avérées le concernant, et le peu est chargé de légendes... une des principales (réfutée par les historiens) dit qu'il aurait créé et enseigné le kung fu aux moines du temple Shaolin pour les aider à défendre le monastère des animaux sauvages et des brigands. Et le thé dans tout ça?! Nous sommes à une époque de grands voyages d'études de moines bouddhistes indiens ou japonais qui convergent vers la Chine, alors terre du Bouddha. La légende prête à Bodhidharma d'avoir donné naissance aux premiers plants de théiers. Soit qu'il fut resté immobile en méditation 7 ans face à un mur, ou bien que cela se soit passé en voyage après 4 années d'éveil, toujours est-il qu'il finit par s'endormir et qu'il se coupa les paupières de colère. Il les jeta au sol et quelques temps après apparurent à la place deux théiers. Intrigué il goutta les feuilles et fut alors revigoré! Il montra donc la voie aux moines qui surent dès lors quelle boisson consommer pour rester en éveil durant la méditation.


Le "grand voyageur", tel qu'il est nommé dans les textes bouddhistes chan, est facilement reconnaissable à ses sourcils broussailleux, sa barbe en bataille et son air bourru!


Si ces petites histoires vous ont plu, je vous conseille la lecture de "L'Heure de véri-thé" d'Arnaud Bachelin (BakerStreet) : vous trouverez un échantillonnage d'autres légendes, venues de Chine mais pas seulement.


Je vous parlerai une prochaine fois des légendes autour du nom de certains thés: pourquoi celui-ci se nomme Grande Robe Rouge (Da Hong Pao) ou celui-là Déesse en Fer de la Miséricorde (Tie Guan Yin)? Je pense que la Chine a autant de légendes que de thés, donc une source inépuisable d'histoires pour les soirées d'hiver!!

Belle semaine à vous.


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