Les voyages du thé: la domination anglaise 3/3

Pour ce dernier volet, je vous invite à faire la connaissance des maîtres du commerce du thé entre le 17ème et le 19ème siècle: les Anglais!

Jusqu'à la fin du 17ème siècle environ, ce sont les Néerlandais qui importaient la majorité du thé en Europe du Nord. Les premières caisses transitaient vers la France et l'Angleterre par le port d'Amsterdam. Au début de ce siècle, le thé était un produit rare et très coûteux, surtout consommé par les élites des cours royales.

L'infante portugaise Catherine de Bragance.

Rappelons qu'en Angleterre, l'engouement pour le thé a une origine portugaise! En effet, l'infante Catherine de Bragance, qui épouse Charles II en 1662, apporte à la cour anglaise son goût pour cette boisson, ainsi que tout le nécessaire à sa dégustation, tasses et théières de porcelaine. Le thé entre ainsi à la cour mais l'engouement est malgré tout timide dans les classes aisées. La première vente publique de thé d'importation à Londres eut lieu en 1657. Elle passa presque inaperçue et le thé continua d'être un produit vendu aux initiés, chez l'apothicaire.


Spectatrice du commerce florissant que les Pays-Bas faisaient à cette époque du thé, l'Angleterre se dit tout de même très vite qu'elle avait là une carte à jouer!

La reine Elizabeth I

La Compagnie britannique des Indes orientales est créée en 1600 par une charte royale d’Elizabeth I lui octroyant le monopole du commerce dans l'océan indien pour 20 ans.

La compagnie établit des routes et des relations commerciales avec l'Orient pour négocier divers produits dont le thé. Ce commerce se trouve facilité par le mariage royal de Catherine de Bragance et Charles II: celle-ci apporte dans sa dot un droit d'accès pour les Anglais aux ports portugais disséminés dans l’océan indien. Pouvant créer des comptoirs dans les colonies portugaises, les Anglais trouvent rapidement leur place face aux Pays-Bas dans ce commerce. La compagnie anglaise balaye la Compagnie française des Indes orientales en conquérant ses possessions en Inde. L'Angleterre remporte le monopole du commerce du thé et l'East India Company devient l'entreprise commerciale la plus puissante de l'époque.

Elle fut un important vecteur de la création de l'Empire britannique: elle présida notamment à l’émergence des Indes britanniques et à la fondation de Hong Kong et de Singapour.

Les premiers pavillons britanniques dans le port de Canton (Chine) furent attestés dès 1637. En 1647, l'East India Company possédait 23 comptoirs marchands dans les Indes.

Ce sont environ 500 navires qui parcouraient par an les mers et océans!

(Ci-dessus: blason et quartier général londonien de l'East India Company)


Revenons un peu en Angleterre où la consommation de thé prend progressivement, dans une société habituée jusque là au café.

En 1706, Thomas Twining ouvre la première échoppe à Londres, le premier lieu spécialisé dans la vente de thé (réservée jusqu'alors aux apothicaires): le Tom's Coffee House, sur Devereux Court. L'entreprise rencontre un certain succès auprès d'une clientèle plutôt aisée, et il ouvre en 1717 dans le même quartier la Golden Lyon House : le premier salon de thé ouvert aux femmes, qui peuvent y venir déguster une tasse de thé sans craindre pour leur honneur!!

La mode prend alors très vite et l'Angleterre est à la fin du 18ème siècle le plus gros consommateur européen de thé.

(Ci-dessus: Thomas Twining et son établissement londonien).


Le commerce du thé devient une fièvre, et l'Angleterre va être le seul maître à bord !

Depuis 1773 l'Angleterre a le monopole de la vente de l'opium en Chine: une façon peu recommandable d'affaiblir ce pays et de le forcer à s'ouvrir aux puissances étrangères. L'opium est alors une monnaie d'échange commode, créant une dépendance, pour obtenir du thé à moindre coût. La Chine interdit dans un premier temps la culture du pavot sur son territoire mais les Anglais trouvent la parade et les abreuvent avec du pavot indien. Cet opium échangé contre du thé donne lieu a des agissements illégaux qui inquiètent en plus haut lieu...

Pendant ce temps, la pression de l'East India Company n'est que plus écrasante pour ses concurrents: la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) est dissoute en 1799.

Cette fièvre du thé, et les problème qui se profilent avec la Chine, poussent le pays à trouver un autre biais pour obtenir plus encore de thé à importer. L'Empire s’intéresse à ses colonies comme de potentielles plantations. C'est ainsi que l'aventure du thé débute vers 1823 en Inde, dans la région d'Assam, puis en 1859 à Darjeeling. Je n'entre pas dans les détails car c'est une toute autre, et longue histoire!

Quoi qu'il en soit, les premières caisses de thé indien arrivent à Londres en 1837.

(Ci-dessus: illustrations des guerres de l'opium, sur mer et sur terre: batailles de Canton et de Palikiao / partage du butin chinois entre les puissances impériales).


Les Britanniques ont eu raison de prendre les devants car tout bascule en 1839: l'empereur chinois interdit totalement l'importation et la consommation d'opium, il ferme le port de Canton à tous les étrangers. Commencent alors deux guerres dites "de l'opium", à l'issue desquelles la Chine cèdera Hong Kong aux Britanniques. Mais elles sonnent aussi le glas du commerce du thé chinois pour les Anglais: plus d'accès, plus de contact. Il ne leur reste plus qu'à développer leurs propres plantations en Inde et au Sri Lanka notamment.

(Ci-dessus : Thomas Lipton et son commerce florissant du thé).


Dès le milieu du 19ème siècle, le thé est une boisson démocratisée en Angleterre, et très largement consommée. Elle se voit même enrichie du célèbre rituel du "Five o'clock tea" où scones et sandwiches viennent accompagner le thé pour un moment convivial!

Produit très taxé, le thé est indispensable pour renflouer les caisses d'un État exsangue à cause de son expansion impérialiste, et des guerres qu'il mène.

C'est cependant une denrée qui va faire la fortune de nombreux commerçants, à l'image du très célèbre Thomas Lipton. Celui-ci ouvrira nombre de comptoirs de vente et de salons de thé en Angleterre, mais il s'assurera un approvisionnement direct en possédant ses propres plantations.

L'approvisionnement en thé devint un défi important, il fallait être le premier à proposer sur les étals les dernières cueillettes les plus fraîches possibles! Dès le milieu du 19ème siècle, le commerce du thé se joua sur les mers grâce aux clippers. Ces bateaux à voiles (trois mâts et plus), ultra rapides, permettaient de convoyer rapidement les marchandises et devinrent une image emblématique des routes commerciales britanniques (à l'instar du célèbre Cutty Sark).

Cutty Sark

Nous voici à quai! J'espère que ce voyage en trois grandes étapes historiques vous aura plu!


Je vous recommande de nouveau le très bon petit livre sur lequel je me suis appuyée en partie pour la rédaction de ces articles:

"L'Heure de véri-thé" d'Arnaud Bachelin, chez bakerStreet.


Bonne semaine à vous, et à très bientôt!



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