Le thé en Corée du Sud


J'espère que l'été fut bon pour vous et que vous êtes prêts à reprendre la route des découvertes du thé! Pour ce post de rentrée, je vous invite à découvrir un pays assez méconnu quant à sa tradition du thé. Que ce soit son histoire, ses terroirs ou ses productions, la discrète Corée du Sud mérite d'être mise à l'honneur. Les informations, de surcroit claires, sont difficiles à dénicher... Je vous propose donc un portrait généraliste qui, je l'espère, piquera votre curiosité au vif!


Uisun ou Cho-Ui Seonsa, le "Saint du thé coréen"

Un peu d'histoire tout d'abord.

Comme au Japon, le thé a été introduit dans le pays au 7e siècle environ, par l'entremise de moines bouddhistes qui le rapportèrent de Chine. La boisson fut longtemps l'apanage des monastères et du cercle royal. Il était coutume d'en faire offrande lors des rites funéraires bouddhistes ou lors des rites dédiés aux ancêtres.

Entre le 10e et le 16e siècle, la consommation de thé s'est répandue progressivement dans toute la société. Cependant, dès 1392, l'intérêt porté régressa : une taxe imposée par la nouvelle dynastie confucianiste marqua le début de cette phase d'abandon. Les jardins de thé furent arrachés et le vin supplanta le thé en popularité.

C'est au 18e siècle que le thé refit son apparition grâce au travail de renaissance de la Voie du thé coréenne (Dado). Celui-ci fut orchestré par le Vénérable Hye-Jang, puis par son élève le moine Cho-Ui Seonsa 초의 (originellement Uisun). Ce dernier est actuellement connu sous l'appellation de "Saint du thé coréen" ou "Père du thé coréen".

L'envahisseur japonais interdit dès 1910 cette pratique coréenne du thé pour imposer ses propres rites. Ce n'est qu'après la seconde Guerre mondiale que la Voie du thé coréenne refait de nouveau surface grâce au travail du Vénérable Hyo-Dang. Celui-ci publia en 1973 le premier grand traité moderne sur le thé coréen ("La Voie du thé coréenne") et mit en lumière le Panyaro 반야로, façon de vivre et de préparer le thé.

Le Panyaro n'est pas un cérémonial strict. On parle plutôt d'une philosophie de vie et de préparation du thé basée sur des principes bouddhistes zen, tels que la simplicité, la modération, la gratitude et le partage. La phrase qui résume le mieux son esprit est "La Voie du thé ne connaît pas de porte": ouverte à chacun, quel qu'il soit, mais demandant en retour de suivre les valeurs requises.

De nos jours les Coréens produisent peu et consomment peu de thé. Il reste néanmoins un symbole culturel auquel la population est attachée.

La maître de thé Chae Won-Hwa incarne de nos jours cette tradition et dirige le Panyaro Institute for the Way of Tea (Séoul).

Elle enseigne l'esprit et les gestes codifiés de cette Voie/Vie du thé aux jeunes générations.

Comme on peut le voir sur ces photos, les ustensiles rappellent ce que l'on connaît du senchadô japonais.



Et le thé dans tout ça?!! Il est cultivé dans trois principales zones, au sud de la péninsule:


- Province du Gyeongsang du Sud (autour de Hadong): ce sont les plantations historiques installées sur les pentes du massif du Jirisan.

- Province de Jeolla du Sud (autour de Boseong)

- Île de Jeju (ou Jejudo) : classée à l'Unesco pour son patrimoine naturel, les thés y poussant sont totalement naturels et figurent parmi les meilleurs crus.


Le pays étant très septentrional, les récoltes se font du printemps au début de l'été, selon un rythme donné par le calendrier lunaire (comme en Chine).

La production est principalement orientée vers le thé vert (nokcha 녹차) destiné à la consommation nationale. Les techniques de transformation s'inspirent à la fois de la Chine (fixation au wok, à la chaleur sèche) et du Japon (étuvage). Cependant le thé va être travaillé selon une méthode manuelle typiquement coréenne, constituée d'un brassage très long, divisé en 9 étapes.

On peut identifier 4 principales catégories de thé vert coréen (pas simple dans les faits!)

Elles sont différenciables par leur aspect (feuilles torsadées plus ou moins fines), mais surtout par leur période de cueillette, ce qui influe sur leur goût et leur délicatesse:

  • Woojeon (ou Ujeon), ou Cheonmul-Cha "première cueillette" (en haut à gauche)

Du début du printemps ("avant la pluie" = jusqu'au 20 avril), c'est une cueillette impériale équivalent des pré-Qingming chinois ou des ichibancha japonais. C'est le thé coréen le plus prestigieux.

  • Sejak "petit moineau" (en haut à droite)

Cueilli à la fin du printemps (entre le 20 avril et le 5 mai), c'est une cueillette fine réputée. Les Coréens ont pour habitude de comparer la finesse des feuilles avec la taille d'une langue de moineau, d'où le nom.

  • Joongjak (ou Jungjak) "moineau moyen" (en bas à gauche)

Cette troisième cueillette a lieu au début de l'été du calendrier lunaire (du 5 au 21 mai) et est d'une qualité plutôt standard.

  • Daejak "grand moineau" (en bas à droite)

Dernière cueillette dite de fin d'été (fin mai-début juin), plus grossière et moins chère. C'est le thé le plus commun du pays mais toutefois très agréable.


Citons également le Jeoncha que l'on trouve de plus en plus dans nos boutiques (ci-dessous).

Il s'agit d'un thé inspiré du sencha japonais : même aspect (pliage en aiguille) et même fixation (à la vapeur), sa saveur umami plus prononcée que sur les autres catégories le démarque également.


Le premier road-trip de la rentrée s'achève! Si les notes végétales et marines des thés japonais vous séduisent d'ordinaire, il y a fort à parier que vous aimerez l'identité forte de ces thés de Corée.

A dans un mois pour une nouvelle découverte!



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