L'Afrique, horizon méconnu du thé (1/2)

Ce continent n'est pas un petit nouveau dans l'industrie du thé, loin de là! L'introduction de théiers date du XIXème siècle mais je constate que, si j'évoque le Kenya comme troisième producteur mondial de thé, nombre de personnes découvrent alors qu'il y en a en Afrique. D'où ma thématique du jour, afin de faire une rapide promenade africaine (en deux parties) pour découvrir quelques acteurs majeurs, et comprendre les changements en cours.

Le thé africain a longtemps vécu sur ses acquis, assis sur une tradition commercialement stable. Mais aujourd'hui la donne change, en cause notamment l'exigence du consommateur et une conscience écologique qui s'affirment. Je vous propose donc de revenir sur l'introduction du thé en Afrique, et sur ceux qui, de nos jours, inscrivent le thé dans une dynamique de qualité pour l'avenir.


C'est grâce principalement aux colons britanniques que l'on doit l'introduction du thé en Afrique, entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle. Ceux-ci devaient se garantir un approvisionnement sûr, en dehors de l'Inde. Les premiers plants ont été installés en Afrique du Sud dès 1877, dans la province du KwaZulu-Natal. Et je ne parle pas ici de rooibos (Aspalathus linearis), tisane traditionnelle consommée depuis longtemps par les peuples autochtones, mais bien de théier (Camellia sinensis).

Cependant, c'est le Cameroun que l'on considère véritablement comme le précurseur de la culture du thé, initiée cette fois par les Allemands dès 1884, au pied du Mont Cameroun. Puis vient la Tanzanie dans les années 1900, toujours grâce aux Allemands confiants en leur succès camerounais. Ici les premières plantations furent installées au nord du pays, dans les Monts Usambara.

On recense aujourd'hui une douzaine de pays producteurs, de thé noir principalement. En plus de ceux déjà cités, nous pouvons ajouter: le Malawi, le Rwanda, le Burundi, le Mozambique, le Zimbabwe, l'Ouganda ou encore l’Éthiopie.

Bien souvent la culture du thé côtoie une autre grande tradition africaine, celle du café.


Avant de détailler la production de certains pays, expliquons quel est ce thé africain, et quelle est son importance pour l'économie du continent.

Aujourd'hui actrice majeure sur le marché mondial du thé, l'Afrique est grande productrice pour l'industrie du sachet, des firmes comme Unilever ayant la main sur de nombreuses plantations. On produit majoritaire du CTC (de l'anglais Crushing, Tearing, Curling): méthode qui déchiquète les feuilles afin de les oxyder rapidement et d'obtenir au final de petites "boulettes" de morceaux de feuilles. Cette technique permet d'utiliser du matériel végétal de qualité variable et d'avoir in fine une tasse charpentée et très colorée, tout à fait dans le goût anglais.

Un article du Point (1) rapporte que, d'après la FAO, la demande et la production de thé vont continuer d'augmenter dans les 10 prochaines années, et l'Afrique sera l'un des marchés les plus dynamiques de la consommation mondiale. Car si elle exporte, l'Afrique est aussi consommatrice, de plus en plus, de ses produits: le thé noir kényan, par exemple, est très prisé en Égypte, et le peu de thé vert manufacturé intéresse les pays du Maghreb (qui jusqu'à présent préparent le thé à la menthe à partir de Gunpowder, un thé venu du Chine). Le Kenya pour qui le thé est une manne : 1,15 milliards de dollars de bénéfices en 2014, ce qui a permis de financer à plus de 60% les importations alimentaires du pays cette année-là.


Mais le changement vient surtout de la qualité produite. Un article de la République des Pyrénées (2) nous confirme que le Kenya expérimente de plus en plus la méthode orthodoxe (manufacture de feuilles entières, travaillées en différentes couleurs de thé), car le prix aux enchères du CTC a chuté de 21% en 2018-2019. La nécessité de se diversifier se fait jour, le risque ne pouvant être pris de perdre cette manne dans un pays où 1 habitant sur 10 dépend de l'industrie du thé (chiffres de la KTDA). Leurs principaux marchés sont tourmentés (Pakistan, Royaume-Uni, Iran, Yémen) et la méthode orthodoxe ouvre la porte de nouveaux marchés, friands de thés mieux travaillés, de grands crus rares, prêts à y mettre le prix.


Je vous donne rendez-vous pour la seconde partie, et une exploration de quelques pays producteurs... A tout de suite!


(1)"Thé: des chiffres prometteurs pour les producteurs africains", 11/06/2018.

(2) " Face à la baisse des prix, les producteurs kényans de thé se diversifient", 31/12/2019.

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