A la rencontre des furicha : le bukubuku cha

Vous connaissez mon goût pour le thé japonais, et plus encore pour les thés atypiques?

Je pense avoir une nouvelle découverte étrange à vous partager!

Il existe au Japon une famille méconnue, celle du furicha, littéralement "thé battu". Plusieurs représentants la composent, dont je vous parlerai chacun leur tour, comme le batabata cha et le botebote cha. Aujourd'hui je voudrais vous présenter le bukubuku cha ブクブク茶.

Hormis une sonorité amusante pour nos oreilles européennes, ce thé va également nous permettre d'aborder une région du Japon plus souvent mise en avant pour ses eaux turquoise et ses centenaires que pour ses thés: l'île d'Okinawa.


Bukubuku cha à la mousse généreuse, accompagné de ses gourmandises.

La tradition du thé battu (furicha) au Japon est aussi ancienne que l'arrivée du thé lui-même dans ce pays, aux alentours du VIIe siècle. A cette époque, il était en effet courant d'effriter ses feuilles de thé et de les émulsionner dans un bol, à l'aide d'un fouet de bambou, pour créer une boisson mousseuse. Le matcha est son représentant le plus célèbre. Il s'agit pour rappel d'une fine poudre de thé vert ombré, travaillée en version épaisse et sirupeuse (matcha koicha), ou fluide à la fine mousse verte (matcha usucha). Ce thé est servi lors de la cérémonie emblématique dite Cha no yu.

Cependant, le furicha ne s'arrête pas au matcha. Il existe comme dit précédemment, plusieurs thés à émulsionner, issus de traditions locales (bancha régional). Ils sont travaillés de diverses manières : fermentés, bouillis, séchés au soleil, fixés à la vapeur ou à la chaleur sèche, etc. Les techniques sont très diverses, pour des goûts tout aussi variables! A la différence du matcha, ces thés sont à l'origine des accompagnements, voire des supports de repas. La mousse doit être épaisse dans le cas du bukubuku cha car elle va recevoir une poudre de cacahuète. Ces furi cha rustiques sont également battus avec des fouets de bambou, relativement gros dans la cas qui nous intéresse ici!

(Ci-dessous, de gauche à droite: matcha léger dit usucha, mousse du bukubuku cha et celle du batabata cha).


Le nom bukubuku tient selon certaines sources de l'onomatopée : pour un Japonais, c'est censé être le bruit que font les bulles... dans le dialecte d'Okinawa, a-buku signifie également "bulle". Sa mousse blanche serait aussi une image du bonheur et son écriture en kanji se traduit par "thé du bonheur". Je précise à ce stade que trouver des informations fiables sur ce thé relève de la quête limite impossible! Je compile des informations glanées ça et là, dans diverses langues, pour tenter de vous apporter un exposé le plus juste possible. Merci de votre indulgence si jamais! Reprenons...

En 1587, le daimyo Toyotomi Hideyoshi (un des unificateurs du Japon), organisa une cérémonie au temple Kitano Tenman à Kyoto. A cette occasion, du riz grillé fut utilisé comme substitut au thé (je n'en sais pas plus, n'insistez pas!). Cette utilisation du riz grillé, appelée kogashi, fut exportée par la suite sur l'île de Kyushu (Kagoshima) d'où elle migra vers l'archipel des Ryukyu, et plus spécifiquement à Okinawa.

Ce modèle aurait donné naissance à ce fameux bukubuku cha. Il aurait longtemps servi de thé d'accueil pour les émissaires chinois en visite. Il tomba néanmoins dans l'oubli durant la Seconde guerre mondiale, avant de réapparaître il y a quarante ans environ.

Il est aujourd'hui considéré comme un thé traditionnel d'Okinawa et fait l'objet d'une cérémonie comparable au Cha no yu. Un rite célébrant le thé au riz grillé, apportant bonheur et bonne santé.

Préparation de la mousse de riz à l'aide d'un chasen

L'enquête a tenté en priorité de mettre en lumière de quoi est fait ce thé... ce n'est pas très clair de prime abord! Lorsque l'on parle de thé et de riz brun grillé on pense instantanément : genmaicha. Son utilisation serait une déviance moderne, une simplification de la préparation du bukubuku cha. Dans ce cas, on émulsionne de longues minutes son genmaicha (infusé dans de l'eau dure) pour créer une mousse que l'on dépose ensuite sur la tasse de genmaicha à boire (préparé quant à lui dans une eau de source).

Donc non, traditionnellement ce n'est pas une émulsion de genmaicha. Premier doute levé. Il s'agit à l'origine, a priori, d'un thé vert au jasmin (originaire de Chine) servi avec un chapeau de mousse, cette dernière issue de la cuisson du riz.

Je n'ai pas encore tenté l'expérience (promis je vous ferai une vidéo!) mais voici les étapes:

- faire cuire du riz brun grillé ( (irigome ou genmai) dans une eau dure (la mousse doit être plus ferme), à ébullition durant 15 minutes.

- récupérer cette eau de cuisson et l'émulsionner avec un gros chasen (regardez cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=FdSTkFHjO0U)

- Faites infuser un thé au jasmin d'Okinawa (sanpin cha) et déposer dans les tasses, sur le thé, un gros nuage de mousse de riz.

- Saupoudrez ces îles flottantes d'arachide pilée et servez avec des sucreries traditionnelles des Ryukyu, appelées Chinsuko et Kunpen (aux graines de sésame et cacahuètes). Des fruits frais conviennent aussi.


Le plus difficile, paraît-il, est de ne pas faire de bruit en mangeant/buvant ce thé! Car non, il n'y a pas toujours une cuillère pour vous aider!

Malgré tout ce mystère, cela a l'air très gourmand. Si vous testez, je suis preneuse de vos retours!

A très bientôt.


(Sources: thes-du-japon.com /japoninfos.com /chanoyu.fr /onookinawa.com /okinawaclip.com/okinawa hai /Japanupdate.com /Eustea Reads)





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